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Quand doctorat rime avec chemin de croix

Mathieu Rouault
Mathieu Rouault
Bonjour à toutes et à tous ! Voici la troisième newsletter de la nouvelle formule de Grand Labo dont je vous parlais il y a quelques semaines. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette newsletter en répondant, tout en bas de celle-ci, à la question “Avez-vous aimé ce numéro ?”. Vous pouvez aussi me contacter à hello[at]grandlabo.com, je suis toujours preneur de critiques constructives et de suggestions ! Et, bien sûr, vous pouvez aussi suivre Grand Labo sur Twitter, Facebook et Instagram.

"SOS thèse cauchemar" : le débrief
SOS thèse cauchemar
SOS thèse cauchemar
C’est l’histoire de Laurine, Baptiste et Sarah. Laurine est géologue, Baptiste biochimiste, Sarah anthropologue. Ils sont trois jeunes passionnés par leur discipline, ils commencent une thèse et vont pénétrer progressivement dans ce qu’il convient d’appeler un véritable enfer : vexations, humiliations, isolement, vol de travaux, etc. Ces trois histoires, qui illustrent ce que des directrices et directeurs de thèse peuvent faire subir à leurs étudiants, sont au cœur du livre d’Adèle B. Combes,Comment l'université broie les jeunes chercheurs”, auquel était consacrée l'émission de mardi.
Basée sur une enquête menée auprès de plus de 1 800 jeunes chercheurs, l'ouvrage s'inscrit dans la longue série des enquêtes journalistiques, essais, blogs et bandes dessinées qui dénoncent la situation de détresse que traversent nombre de jeunes chercheuses et de jeunes chercheurs.
Certes, on ne saurait résumer l'expérience doctorale en France à ces situations extrêmes - et heureusement. Comme l'explique Sylvie Pommier, l'enquête du Réseau national des collèges doctoraux (RNCD), parue début janvier et menée auprès de 11 545 doctorants et doctorantes, montre que l'essentiel des répondants sont satisfaits des conditions dans lesquelles se déroulent leur doctorat.
Mais la question des harcèlements subis par une part non négligeable de ces jeunes professionnels de la recherche, par contraste, n'en paraît que plus vive. Comme elle l’explique dans l'émission, Pascale Haag, chercheuse à l'EHESS, avait déjà mis en évidence “un vrai sentiment d'abandon de la part des jeunes chercheurs répondants” au gré d'une enquête réalisée en 2014-2015.
Ce sentiment d'abandon, Jeanne Perrier, docteure et co-animatrice du podcast Thésard-es, et Fabien, qui tient le blog de Ciel Mon Doctorat, ont eu l'occasion de le rencontrer dans le cadre de leurs initiatives.
Reste que, pour Sylvie Pommier, s'il faut en finir avec l'idée qu'il serait normal que les jeunes chercheurs souffrent pendant leur doctorat, il n'en faut pas moins informer les doctorants de la difficulté de l'exercice de la thèse. “Il peut arriver que le doctorant passe par des phases de désarroi et de démotivation ; ce n'est pas la même chose que du harcèlement”, explique-t-elle.
Sortir du cauchemar
Mais vers qui se tourner, lorsque l'on subit le harcèlement d'une personne sensée vous encadrer, celle-là même qui a, en tant que jeune chercheur, le plus de pouvoir sur vous ? Dans de tels cas extrêmes, le comité de suivi de thèse n'est pas le bon lieu d'expression. Sa composition n'est d'ailleurs pas toujours de nature à garantir que le doctorant puisse s'y exprimer librement, comme l'illustre le livre d'Adèle Combes.
S'il s'agit de pratiques douteuses scientifiques, ce sont les référents “intégrité scientifique” de l'université dont dépendra le jeune chercheur qu'il faut rencontrer. Si c'est de souffrances psychologiques et de harcèlement dont il est question, la médecine du travail ou la cellule harcèlement de l'université demeurent les interlocuteurs à consulter absolument.
Au-delà des moyens progressivement mis en place dans les universités et les écoles doctorales, la question se pose de la représentation des jeunes chercheurs. Dans l'ouvrage d'Adèle Combes, il en est fait peu mention. La Confédération des Jeunes Chercheurs et l’Association nationale des docteurs portent pourtant des questions relatives à la place du doctorat dans la société depuis de nombreuses années. Julie Crabot (CJC) et Nicolas Soler (ANDès) reviennent sur les actions de ces deux associations et appellent de leurs vœux une plus grande participation des doctorants aux associations locales.
Simon Thierry, cofondateur du cabinet Adoc Métis, insiste, en fin d'émission, sur la nécessité de former les chercheurs et enseignants-chercheurs à l'encadrement doctoral. Mais ces enseignants-chercheurs qui acceptent de participer à des formations de ce type, ne sont-ils pas justement ceux qui, au fond, en ont le moins besoin ? N'est-ce pas le propre du chercheur toxique, imbu de sa personne, de se croire trop bon pour condescendre à suivre de telles formations ? Alors ? Faut-il intégrer à l'évaluation des chercheurs la participation à ces formations ? Ou les rendre obligatoires ? Fausses pistes, selon Simon Thierry, qui estime qu'une formation ne peut fonctionner sans une démarche volontaire de la personne formée.
Dans tous les cas, pour Simon Thierry, “il ne faut pas faire porter sur les jeunes chercheurs et les associations la responsabilité d'éviter les situations de harcèlement !” Et plutôt inciter toutes celles et ceux qui sont tenus d'assurer le respect de la loi (les responsables d'écoles doctorales, les responsables d'unité de recherche, les vices présidents d'université), à suivre des telles formations.
📌 Lu, vu, entendu
Mieux représenter la diversité dans les manuels de médecine, en montrant aussi des fœtus noirs, c'est le combat que Chidiebere Ibe, nigérian, étudiant en médecine, mène sur son compte Instagram. Le Monde s'en fait l'écho ici.
La crise sanitaire a convaincu nombre de chercheuses et de chercheurs à entrer dans la bataille de l'information scientifique. Cet article de The Scientist relaie le témoignage de scientifiques décidés à prendre la parole sur Twitter, avec des résultats inégaux.
Justement, comment lutter contre la mésinformation scientifique des contenus diffusés sur les réseaux sociaux ? Dans son rapport paru mercredi, la Royal Society, plutôt que leur retrait - qui alimente l'idée d'une censure et nourrit le complotisme - invite les plateformes à empêcher leur viralité.
Notre langage est-il de moins en moins rationnel ? C'est la question que se posent les auteurs de cet article en réalisant une “analyse massive du langage” sur plusieurs milliers d'articles parus depuis 1850. Verdict : “au cours des dernières décennies, il y a eu un passage marqué dans l’intérêt du public du collectif vers l’individuel, et du rationnel vers l’émotion”.
🎙 Prochaine émission : la science invisible
Mardi prochain, à 19h, c'est de résultats négatifs dont il sera question dans Grand Labo. Quel intérêt de partager les données d'une expérience qui n'a pas marché ? Pourquoi et où publier les résultats d'une étude quand ils ne confirment pas une hypothèse ? Vous pourrez poser vos questions à mes invités et rejoindre la conversation via le tchat du live.
La science invisible
La science invisible
D'ici là, très bon début de semaine à toutes et à tous. A mardi !
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Mathieu Rouault
Mathieu Rouault @grand_labo

Chaque semaine, une synthèse de l'émission du mardi, l'annonce des prochains sujets et des infos en lien avec les thèmes de Grand Labo.

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